Taïwan et e-sport : comment naissent les champions

Taïwan et e-sport : comment naissent les champions
Riot nous propose un bon article présentant Taïwan et les raisons de la présence de champions dans cette minuscule île de l'Asie !

Taïwan et e-sport : comment naissent les champions (Source)

En termes purement géographiques, Taïwan est coincée entre ses imposants voisins, à l'ouest et à l'est. Mais en termes de jeu vidéo et d'e-sport, la petite île n'a absolument pas à rougir, et ce ne sont pas les champions du monde de la Saison 2 de League of Legends qui vous diront le contraire. Il y a certainement dans la culture et l'histoire taïwanaises quelque chose qui peut expliquer l'émergence de ces nombreux champions, dans des jeux et des genres très différents. League of Legends, en effet, n'est que l'une de leurs dernières conquêtes.
 

UN TERRAIN DE JEU... VIDÉO

En 2010, la capitale Taipei comptait 2,6 millions d'habitants, soit un peu plus de 10% de la population totale de l'île, ce qui en fait ainsi un centre d'influence culturelle majeur. 74% des foyers de la ville sont équipés d'Internet. De nombreux constructeurs de circuits imprimés et d'ordinateurs portables possèdent leur maison-mère là-bas, des réseaux Wi-Fi à haut débit sont accessibles très facilement et les murs de la gare centrale sont littéralement tapissés de publicités pour les tous derniers jeux vidéo sur téléphones portables.

Du fait de cette prédominance du marché du jeu mobile, les rues de Taipei ne sont pas si différentes de celles de Séoul ou Tokyo, et les ressemblances avec ses voisins nordiques ne s'arrêtent pas là. L'influence du Japon sur l'île est notable depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et se manifeste de nos jours surtout dans la cuisine, l'architecture et les médias. Ainsi l'imposant complexe où se situe la gare de Taipei abrite également le marché souterrain de la ville, à l'entrée duquel on trouve une chaîne de restaurants à sushi qui vend des nigiri à l'immense foule de personnes qui se presse chaque jour dans le gigantesque centre commercial.
 


En continuant son exploration, on pourrait presque se croire dans le célèbre quartier électrique de Tokyo, Akihabara. Ayant longé les échoppes remplies de bibelots de jade et autres soutiens-gorges en promotion, on se retrouve soudainement entouré par les affiches publicitaires de Destiny ou du dernier Dynasty Warriors accrochées en hauteur et par les vitrines remplies de figurines de jeu vidéo ou de dessins animés. Au centre, aux endroits les plus traversés par les passants, d'énormes écrans plats diffusent les images des derniers grands jeux console et des bornes d'arcade produisent un son assourdissant.

Il est difficile d'échapper à ce mélange d'influences asiatiques et occidentales, issu de l'histoire multiculturelle de Taïwan, et cela se retrouve y compris dans le monde pourtant à part du jeu vidéo. Portée par la communauté de joueurs, la culture otaku s'est largement démocratisée : si les posters géants de Destiny et Titanfall rappellent ceux que l'on voit dans nos enseignes, ils sont affichés à part égale avec ceux d'Idolmaster One For All, une série de jeux de chant qui ne s'adresserait qu'à un public de niche en Europe ou en Amérique.

La scène arcade taïwanaise, qui a produit des joueurs tels que Bruce « Gamerbee » Hsiang, lorgne davantage du côté asiatique. On y trouve majoritairement des jeux musicaux japonais. Mais depuis quelques années, la scène PC est, elle, largement dominée par un titre occidental : League of Legends.
 

MANGER, DORMIR, ÉTUDIER, JOUER


À deux stations de métro de la gare centrale de Taipei se trouve le Guang Hua Digital Plaza, un imposant bâtiment entouré de petites boutiques d'électroniques et surplombant l'une des grandes autoroutes du pays. Des affiches y font la promotion de cartes mères et barrettes de RAM dernier cri permettant d'améliorer l'expérience de jeu de League of Legends, ce qui est plutôt amusant quand on connaît la configuration requise assez légère du jeu. Mais cela prouve bien l'impact du jeu sur les joueurs PC de l'île. D'autant qu'à Taïwan, le PC règne en maître.
« La culture des cybercafés est tellement implantée que les jeux qui y sont joués sont en général ceux qui deviennent les plus populaires, analyse Reazony des Machi E-Sports. Cela s'explique par le fait que les cybercafés sont toujours très fréquentés à Taïwan, ou même dans les autres pays asiatiques. »

La philosophie du travail confucéenne existe à Taïwan tout autant que chez ses voisins. Selon Reazony, « quasiment tous les enfants se rendent à des cours du soir, même quand ils ne sont qu'à la maternelle. » Là-bas, le terme PC lui-même porte mal son nom, car les familles n'ont le plus souvent qu'un seul « ordinateur personnel », installé dans leur salon, donnant aux parents un contrôle implicite sur leur accès par les jeunes joueurs.

C'est aussi pour cela que les cybercafés sont aussi populaires : très peu coûteux, ils permettent à des amis de se retrouver pour jouer ensemble sans être surveillés par leurs parents. En grandissant, ils finissent par abandonner les PC miteux des cybercafés pour se procurer les leur et continuer à jouer chez eux. « On doit parler d'un rapport de 7 pour 3, évalue le jungler des Taipei Snipers, Mountain. 70% jouent à la maison. »

Lorsque l'on parle des cybercafés asiatiques, on pense souvent à la domination de la Corée du Sud dans le domaine, et c'est également de cette culture qu'a émergé Sen, le maître taïwanais de Starcraft 2. Mais ces derniers temps, les grands représentants de la communauté craignent que cela ne suffise plus pour affirmer la place de la région à l'échelle mondiale.
 

PEU DE PUBLIC

 



« Qu'est-ce que c'est ? » Voilà ce que répond GodJJ, étonné, quand on lui parle de WirForce, une LAN à laquelle a pourtant récemment participé son ancien support et capitaine MiSTakE. Le jeu vidéo professionnel taïwanais pêche également par l'absence de documentation sur son évolution. Le top laner des Snipers, Zonda, affirme même à tort : « L'histoire de l'e-sport taïwanais a commencé par la victoire des TPA au championnat du monde. S'ils avaient perdu, l'e-sport n'aurait sans doute jamais pris ici. »

« Taïwan n'a pas de sites spécialisés tels qu'OnGamers, Thinkpiece.gg, ggChronicle, Paravine ou autres, qui pourraient renseigner les fans sur l'actualité de l'e-sport, regrette Reazony. Actuellement, on ne trouve que quelques Redditors qui se disputent sur les forums. » Selon lui, malgré les succès remarquables du pays dans le domaine, le nombre de fans d'e-sport est relativement faible. Le commun des joueurs ne s'intéresse même pas aux LCS, et est encore moins prêt à s'abonner à OnGameNet. Il faut dire qu'ils éprouvent toujours une grande méfiance envers leur rival coréen, et que tout ce qui touche la Chine risque à tout moment de dégénérer en débat politique incontrôlé. Cette situation n'est pas exclusive à la scène League of Legends.
« La scène a beaucoup perdu en activité depuis que les équipes taïwanaises ont commencé à se faire ratatiner à l'échelon international, ces deux dernières années, mais l'aspect culturel entre également en jeu, poursuit Reazony. Dès qu'un Taïwanais gagne un championnat du monde, quel que soit le domaine, les médias ne tarissent pas d'éloges et le gouvernement entonne le refrain "vous êtes la fierté de Taïwan". Mais une fois l'engouement passé, le manque d'infrastructures fait qu'il est impossible de développer d'autres talents. »

Il existe bien des soutiens à l'échelle locale, mais leur développement reste faible. « La LoL Nova League (LNL) est une ligue amateur composée de huit équipes et, tout comme la Garena Premier League (GPL), il y a une somme d'argent à la clé pour assurer le soutien des équipes. Mais pour tout ce qui se déroule en dehors de la LNL, les choses sont assez instables. »
 


Si Reazony mentionne l'existence d'autres circuits tiers tels que ESR et 4Gamers, il précise qu'ils dépendent beaucoup plus de l'argent de leurs sponsors que d'autres circuits plus importants, soutenus par Garena.

Mais malgré les problèmes régionaux et les difficultés de la scène compétitive, Reazony reste optimiste pour l'avenir. « Je sais que Garena a de grands projets. Je ne peux pas en dire plus pour l'instant, mais je suis très impatient pour l'année à venir. Si tout se passe comme prévu, la scène compétitive pourrait faire un grand pas en avant. »

Taïwan pourra-t-elle revenir sur le devant de la scène internationale ? Nul ne peut douter du talent remarquable de ses joueurs, dont le développement est encouragé par l'isolement relatif de leur île. L'Evo 2010 de Gamerbee a prouvé au reste du monde que certains personnages négligés de Street Fighter étaient en fait redoutables, et Sen a grandement contribué à l'innovation dans les débuts de partie avec les Zergs de Starcraft 2. Fidèles à leur nom, les Assassins ont surpris tous les favoris en 2012. Il faut dire que les joueurs de l'île ont pour habitude de dépasser souvent leurs propres attentes, ce qui fait de Taïwan l'une des forces les plus dynamiques et imprévisibles dans l'univers du jeu compétitif.

Leur défi actuel est de conserver cet esprit, face à la compétition internationale de plus en plus pointue et formalisée.

 


Amendair - 2014-09-19 14:36:04

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